Identification des risques
La première étape pour bien se préparer au terrain consiste à identifier les principaux risques auxquels on pourrait être confronté. Nous avons regroupé les risques en grandes catégories et ressorti plusieurs exemples pour chacune d’entre elles, comme présenté dans le tableau ci-dessous. L’objectif n’est pas de dresser une liste exhaustive, mais plutôt d’offrir un aperçu global des dangers potentiels que l’on pourrait rencontrer sur le terrain.
Il est important d’avoir une réflexion sur les risques auxquels l’on peut personnellement faire face afin de bien s’y préparer.
Inspiré et élaboré à partir du guide terrain INTERACT (INTERACT, 2019. INTERACT Practical Field Guide. Eds. Rasch, M. et al. DCE – Danish Centre for Environment and Energy, Denmark, 68 p.) et de la présentation de Denis Sarrazin
Les risques liés au transport
La première catégorie de risques à considérer sur le terrain est celle liée au transport. Il s’agit d’une cause de mortalité importante chez les chercheur.euse.s travaillant en milieu nordique, ce qui en fait un aspect à ne pas négliger lors de la planification et de la préparation.
Parmi les dangers à garder en tête, il y a notamment les risques d’accidents, les bris mécaniques, ou encore les conditions de terrain ou météorologiques dangereuses, comme les rivières à traverser ou l’arrivée soudaine du brouillard. Même le bruit, comme des moteurs bruyants, peut, à long terme, avoir des effets néfastes sur la santé auditive. Le manque d’expérience représente aussi un facteur de risque important. Certaines situations, qui peuvent sembler anodines à première vue, peuvent rapidement devenir dangereuses si un membre de l’équipe n’est pas familier avec l’utilisation de certains véhicules ou équipements motorisés.
Certains modes de transport comportent des risques plus élevés que d’autres. Par exemple, en avion et hélicoptère les phases de chargement et de déchargement du matériel ou des passagers peuvent être particulièrement risquées. En bateau il y a les risques de collision avec des icebergs, de chute par-dessus bord, ou encore des risques associés au débarquement en milieu instable, comme sur des berges rocheuses ou glissantes.
Les risques liés à la station de recherche et au matériel
À votre arrivée sur le site d’étude, vous aurez accès à une station de recherche et à divers équipements. Dans certains cas, vous devrez même construire ou aménager votre propre campement. Il est donc essentiel de bien connaître sa station, car chaque infrastructure est unique, avec ses services, ses contraintes et ses défis spécifiques.
Les stations de recherche offrent souvent des services limités. Vous n’aurez pas nécessairement accès au confort habituel, et certaines installations peuvent présenter des risques si elles sont mal utilisées. Par exemple, il peut y avoir des dangers liés à l’électricité, les feux (chauffage ou cuisine) ou encore une accumulation de monoxyde de carbone dans des espaces confinés.
L’accès à l’hygiène de base n’est pas garanti. Il est important de connaître les installations disponibles (type de toilettes, installations pour se laver, qualité de l’eau disponible). Ces éléments peuvent avoir un impact direct sur votre santé physique et psychologique.
L’utilisation d’outils comporte aussi des risques importants, notamment liés aux armes à feu, aux outils tranchants, ou encore aux équipements lourds ou mécaniques. Une formation adéquate et une manipulation sécuritaire sont indispensables.
La gestion des déchets est un enjeu crucial, particulièrement en présence de la faune. Il faut minimiser la production de déchets et assurer leur entreposage adéquat pour éviter d’attirer des animaux, et prévenir les risques pour l’environnement.
Enfin, l’utilisation de produits chimiques sur le terrain implique des responsabilités particulières en matière de transport, d’entreposage et d’élimination des déchets dangereux. Une gestion rigoureuse est essentielle pour assurer la sécurité de tous.
Les risques biologiques
Les blessures représentent l’un des risques les plus fréquents sur le terrain. Le passage d’un mode de vie sédentaire à des journées actives à l’extérieur, parfois dans des conditions exigeantes, peut mettre le corps à rude épreuve, surtout s’il n’y est pas préparé. En plus des blessures musculo-squelettiques, il existe aussi des risques d’infection, de maladie ou de parasites. Ces risques prennent une dimension encore plus sérieuse en région isolée, où l’accès aux soins est limité. Une blessure mineure, anodine en contexte urbain, peut devenir préoccupante lorsqu’on est éloigné des services médicaux.
La faune représente également un enjeu à considérer, surtout dans les environnements nordiques. Elle peut être source de :
Enfin, les insectes ne doivent pas être sous-estimés. En plus d’être très dérangeants (comme les mouches noires), ils peuvent causer des réactions allergiques, des lésions cutanées ou transmettre des maladies, comme la maladie de Lyme dans certaines régions.
En contexte nordique, où les secours peuvent être longs à arriver, la prévention et la vigilance face à ces risques sont essentielles.
Les risques liés aux conditions environnementales et au terrain
Les conditions environnementales et le terrain constituent une autre source importante de risques en contexte arctique. Cela peut sembler évident, mais il est important de rappeler que ce milieu peut rapidement devenir hostile.
Les températures extrêmes en sont un bon exemple. Par temps froid, les risques d’engelures et d’hypothermie sont bien réels. À l’inverse, des températures plus chaudes peuvent également causer des coups de chaleur, surtout lors d’efforts physiques soutenus.
La météo représente également un facteur de risque important. Le vent, le brouillard ou encore le soleil peuvent avoir des impacts significatifs. Ce dernier, en particulier, peut non seulement provoquer des coups de soleil, mais aussi causer des dommages aux yeux en raison de la forte réflexion de la lumière sur la neige. De plus, un manque de visibilité peut augmenter les risques de se perdre ou de subir un accident, notamment lors de déplacements en véhicule. Il est essentiel de garder en tête que les conditions météorologiques peuvent évoluer rapidement, souvent sans avertissement, ce qui complique encore davantage la planification des activités sur le terrain.
Enfin, la topographie du territoire présente également son lot de dangers. On peut penser aux risques d’avalanches, aux parois rocheuses abruptes ou encore aux traversées de rivières. Ces éléments du relief, combinés aux conditions climatiques, peuvent rendre les déplacements complexes, que ce soit à pied ou en véhicule. Il est donc crucial de bien évaluer les risques liés au terrain avant toute sortie.
Les risques psychosociaux
Enfin, un aspect souvent sous-estimé, mais pourtant fondamental lors des séjours terrain, est la santé psychologique. Cela est particulièrement vrai pour les missions de longue durée ou celles menées dans des régions isolées, comme le Nord.
Le terrain peut parfois être une expérience isolante, surtout lorsqu’on travaille avec une petite équipe. Il arrive que l’on ne connaisse pas bien ses collègues au départ, ou que l’on n’ait pas nécessairement les mêmes habitudes de vie. Ces différences, bien que normales, peuvent parfois entraîner un certain inconfort, surtout lorsqu’on vit et travaille ensemble dans un contexte exigeant. De plus, faire du terrain signifie souvent être éloigné·e de ses repères habituels, y compris des personnes qui nous offrent habituellement du soutien émotionnel. Les communications peuvent être limitées, ce qui rend d’autant plus important de réfléchir à ces enjeux avant le départ.
Pour celles et ceux qui sont basé·e·s dans une communauté nordique, il peut également y avoir un choc culturel. Bien que cette expérience soit souvent enrichissante, elle peut aussi être déstabilisante, puisqu’on doit s’adapter à un mode de vie qui n’est pas le sien, même temporairement.
Enfin, il ne faut pas négliger les effets de la fatigue. Le rythme de travail sur le terrain est souvent intense, et il est facile d’oublier de prendre des pauses. Pourtant, l’accumulation de fatigue peut aggraver l’ensemble des risques évoqués précédemment, en plus d’avoir un impact direct sur notre bien-être psychologique, notre moral, et même notre santé physique. Prendre soin de sa santé mentale sur le terrain, c’est donc aussi prendre soin de sa sécurité et de sa capacité à bien accomplir son travail.
Une fois les risques identifiés, la prochaine étape est de réfléchir aux moyens d’atténuation de ces risques.
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