Mattis Pelletier
Étudiant.e à la maîtrise
Département de biologie
Université Laval
mattis.pelletier.1@ulaval.ca
Les conditions environnementales vécues lors du développement précoce sont particulièrement à risque de générer des conséquences à long terme sur la valeur adaptative des individus. Les conditions environnementales affectent simultanément tous les individus d'une même cohorte et peuvent générer des effets de cohorte, soit les variations observées dans les caractéristiques et le comportement d'une génération donnée d'individus par rapport aux générations précédentes ou suivantes. Par exemple, les cohortes expérimentant des conditions favorables peuvent démontrer une meilleure valeur adaptative que celles expérimentant des conditions défavorables en début de vie. Il devient donc crucial de déterminer quelles conditions environnementales expérimentées en début de vie ont un impact sur la valeur adaptative à court et long terme des différentes cohortes et de quantifier cet impact.
L'étude vise à comprendre l'impact des conditions environnementales sur la condition corporelle des caribous migrateurs à un an et leur survie à long terme. Le premier objectif examine quelles conditions environnementales vécues lors de la première année de vie des faons influencent leur condition corporelle. Trois périodes distinctes de la première année de vie du faon sont identifiées (gestation, pré- et post-sevrage) afin de déterminer laquelle ou lesquelles s’avèrent critiques. Le deuxième objectif explore les conséquences à long terme sur la survie et la longévité, avec deux hypothèses: une meilleure survie pour les cohortes nées dans des conditions favorables ou une sélection de viabilité favorisant ceux qui survivent malgré des conditions difficiles. Le troisième objectif étudie l'interaction entre les conditions environnementales au début et à l'âge adulte sur la survie. L'hypothèse suggère que des conditions similaires aux deux stades favorisent la valeur adaptative.
Dans le nord du Québec et au Labrador, le caribou migrateur (Rangifer tarandus), représenté principalement par les troupeaux Rivière-aux-Feuilles (TRAF) et Rivière-George (TRG), a subi un déclin dramatique (respectivement 68% et 99%) de ses effectifs au cours des 25 dernières années. Comptant plus d'un million d'individus dans les années 1990, ces troupeaux ont subi une diminution rapide, une situation similaire à celle de la majorité des populations de caribous migrateurs autour du cercle arctique. Les causes de ce déclin sont multifactorielles, avec des menaces croissantes des perturbations humaines et des changements climatiques. La situation actuelle du TRG, dont l’abondance était estimée à environ 8 100 caribous (± 486) en 2020, est précaire. Il est actuellement impossible de se prononcer sur la perspective de son rétablissement. Le TRAF était estimé à environ 199 000 (± 15 920) en 2016 et la population est toujours considérée comme en déclin.
L'étude utilise des données de capture et de suivi télémétrique des femelles. Les captures ont ciblé des individus d'âge connu (de 0,5 à 1 an) afin de mesurer leur condition corporelle. Les femelles ont par la suite été suivies avec des colliers satellites, fournissant des données sur leur survie annuelle. Les variables environnementales, extraites pour chaque saison et année, comprennent la température, les précipitations, l'accumulation et le couvert de neige avec des données météorologiques obtenues auprès du NARR et l'indice de l'oscillation nord-atlantique. La taille de la population et la distance de migration seront également évaluées. Les ressources alimentaires saisonnières seront représentées par le NDVI. Les analyses statistiques, telles que les modèles linéaires mixtes et les modèles de Cox, seront utilisées pour évaluer les relations entre les conditions environnementales, la condition corporelle à un an et la survie annuelle.
Notre étude permettra de déterminer l’effet des conditions environnementales et populationnelles sur la condition corporelle des caribous migrateurs à 1 an, mais également les effets à long terme sur la survie et la longévité. Je m’attends à ce que les conditions environnementales et populationnelles influençant les dépenses énergétiques liées aux déplacements engendrent des effets de cohorte. Les cohortes rencontrant des conditions favorables auront une meilleure survie annuelle et une longévité accrue comparativement aux cohortes expérimentant des conditions contraignantes. Je m’attends à ce que la différence inter-cohorte de survie annuelle se dissipe avec le temps, comme c’est généralement le cas chez les grands herbivores. Finalement, je m’attends à ce que des conditions similaires aux deux stades n'aient aucune incidence sur la valeur adaptative de cette population, ce qui irait dans la même direction que la littérature.
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