Laurie Jacob
Étudiant.e à la maîtrise
Département de biologie
Université Laval
laurie.jacob.1@ulaval.ca
Les traits parentaux peuvent influencer les traits phénotypiques et le rapport des sexes de la progéniture. Chez la chèvre de montagne, les mères en bonne condition, qui sont plus âgées, plus lourdes et plus dominantes, ont tendance à produire des jeunes plus lourds et peuvent ajuster le sexe de leurs jeunes en fonction du rapport des sexes des adultes de la population, ce qui n’est pas le cas pour les mères en moins bonne condition. En plus de la condition maternelle, les traits phénotypiques et le rapport des sexes des jeunes pourraient également être influencés par les traits de leur père. Dans le cas de la chèvre de montagne, les pères plus lourds ont tendance à engendrer des fils plus lourds, mais des filles plus légères que les pères plus légers. Les effets combinés de plusieurs caractéristiques paternelles, qui sont des indicatrices de la qualité d'un père, sur les traits phénotypiques et le rapport des sexes de la progéniture de cette espèce demeurent toutefois méconnus.
L’objectif général de cette étude est d’évaluer comment la qualité du père, qui est définie par son âge, sa masse, son rang social et son succès reproducteur annuel, influence les traits phénotypiques et le rapport des sexes de sa progéniture chez la chèvre de montagne. Plus spécifiquement, les objectifs consistent à déterminer 1) si la qualité du père influence la masse, la survie et le succès reproducteur éventuel de sa progéniture et 2) si la qualité du père influence le rapport des sexes de ses jeunes. Toutefois, puisque la condition de la mère et le rapport des sexes des adultes de la population ont des effets connus sur les traits phénotypiques et le rapport des sexes de la progéniture, ceux-ci seront également considérés afin de discriminer les effets provenant des pères des autres effets déjà connus.
L’aire d’étude se trouve à Caw Ridge, au centre-ouest de l’Alberta. Ce milieu alpin est situé à une altitude de 1 750 à 2 170 m et l’habitat comprend des petites falaises, des pentes rocheuses, des zones végétalisées de toundra alpine et quelques parcelles d’arbustes et d’arbres matures. La population de chèvres de montagne qui occupe cet habitat reste à cet endroit à l’année et utilise une superficie d’environ 28 km2. Cette population est suivie chaque année depuis 1989 et a varié entre 30 et 164 individus. La majorité de la population est marquée et de nouveaux individus sont marqués chaque année. Au total, 484 individus ont été marqués depuis le début du suivi, ce qui permet de suivre la survie de chaque individu lors des observations sur le terrain.
Lorsque les individus sont capturés pour les marquer, le sexe des individus est déterminé et un échantillon d’oreille est prélevé pour faire des analyses génétiques permettant de déterminer les liens de parenté. Ces captures sont généralement réalisées lorsque les individus atteignent l’âge d’un an. Pour obtenir les masses, les individus qui sont capturés sont pesés avec une balance à ressort, mais il est aussi possible de peser tous les individus sans les capturer à l’aide de trois balances électroniques à bétail. Sur le terrain, les observations comportementales des interactions agressives entre les individus sont répertoriées afin d’établir la hiérarchie sociale des mâles et des femelles séparément. Les analyses génétiques sont réalisées à l’aide de 28 marqueurs microsatellites polymorphiques déjà établis pour la chèvre de montagne. Une fois la paternité établie, le nombre de jeunes produits ainsi que le rapport des sexes de ces jeunes pour chaque père pourront être déterminés.
En mettant en évidence les effets de la qualité du père sur les traits phénotypiques et le rapport des sexes de sa progéniture chez la chèvre de montagne, cette étude permettra de mieux comprendre la reproduction de cette espèce sensible au réchauffement climatique. Considérer les effets du père sur les traits phénotypiques de ses jeunes offrira une meilleure compréhension des facteurs pouvant causer des différences de condition, de survie et de succès reproducteur entre les individus. Pour le rapport des sexes, le fait de considérer l’effet du père offre une vision plus complète des forces de sélection qui peuvent entraîner la production d’un fils ou d’une fille. De plus, le fait de considérer la condition de la mère et le rapport des sexes des adultes dans une population sauvage permettra de discriminer les effets du père des autres effets déjà connus afin d’obtenir des résultats plus représentatifs de la réalité, ce qui est rare en milieu naturel et chez des espèces longévives.
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