Emmanuelle Gouin
Étudiant.e à la maîtrise
Département de biologie, chimie et géographie
Université du Québec à Rimouski
emmanuelle.gouin@uqar.ca
Des études récentes suggèrent que les espèces arctiques adaptées au froid ont une capacité limitée à tolérer la chaleur même modérée. Le plectrophane des neiges (Plectrophenax nivalis), une espèce qui se reproduit en Arctique et dont la population a diminué de 60% au cours des 45 dernières années, en est un bon exemple étant donné sa très faible capacité à dissiper sa chaleur métabolique. Cette limitation est critique considérant que l’Arctique se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale. Avec une hausse des températures, les plectrophanes très actifs, comme en période de reproduction, seraient à risque d’hyperthermie si leur effort est maintenu. Ces oiseaux pourraient donc être contraints à réduire leur niveau d’activité soutenu, ce qui pourrait réduire la performance reproductive et la valeur sélective de l’espèce.
L’objectif de mon projet est donc de déterminer l’effet de la hausse des températures environnementales dans le Haut-Arctique sur la thermorégulation, le comportement et le succès reproducteur du plectrophane des neiges.
Les travaux de terrain seront réalisés durant les étés 2023 et 2024 à Alert (82°N), à l’extrême nord de l’aire de reproduction de l’espèce. Situé à 817 kilomètres du Pôle Nord dans la région de Qikiqtaaluk au Nunavut, ce site abrite la station des forces canadiennes d’Alert, qui constitue le lieu habité en permanence le plus nordique au monde. Localisé à l'extrémité nord de l'île d'Ellesmere, Alert est caractérisé par un climat polaire qui reçoit très peu de précipitations annuellement.
Pour répondre à notre objectif, des couples seront capturés et munis de puces de radio-identification (RFID) qui permettent d’enregistrer l’effort de nourrissage des oisillons et la température corporelle des adultes à chaque visite au nid. La température ambiante sera mesurée à l’aide de microstations météorologiques. La température opérante, qui est la température environnementale telle qu’elle est perçue par les plectrophanes, sera mesurée à l’aide de modèles plastiques imprimés en 3D et équipés de sondes de température interne. En parallèle, la performance reproductive sera déterminée en fonction du succès d’éclosion, de la croissance des oisillons et du succès à l’envol.
Nous suggérons qu’avec la hausse des températures, les oiseaux pourraient maintenir leur effort parental indépendamment de l’environnement thermique, au détriment d’une température corporelle croissante, sans affecter les performances reproductives. Au contraire, les oiseaux pourraient également réduire leur effort parental en réponse à l’augmentation de la température ambiante afin de maintenir une température corporelle constante, au détriment des performances reproductives.
© 2026 Centre d'études nordiques - Tous droits réservés